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COMORES / Morts en kwasa : Une petite brève et puis s'en vont...

COMORES / Morts en kwasa : Une petite brève et puis s’en vont…
Une petite brève et puis,...plus rien. Le naufrage d'un kwasa, le 19 mai dernier, n'a fait l'objet que d'un sobre commentaire dans l'édition de la mi-journée du journal parlé de Radio-Ngazidja. Le présentateur avait plutôt choisi d'ouvrir sur... la plantation d'une centaine d'arbres à Dibwani.
Les cinq passagers ayant laissé leur vie dans cette catastrophe (quinze autres sont toujours portés disparus) n'ont, visiblement, guère ému grand monde. “Nous assistons à une banalisation de ces drames. Jusqu'au sommet de l'Etat, l'indifférence est totale”,  regrette l'artiste Soeuf Elbadawi, metteur en scène du spectacle Un dhikri pour nos morts. Ce spectacle dénonce, justement, la chape de plomb qui couvre encore ces tragédies à répétition.
 
Indignation sélective

Ni le gouvernement comorien, ni aucun exécutif insulaire (sauf le gouverneur d'Anjouan, qui paye le lourd tribut de ce génocide concerté : Ndlr)  n'a sorti le moindre communiqué après l'accident. “Même pas de condoléances de circonstance”, déplore Idriss Mohamed, principal animateur du Comité Maore. Comme s'il n'y avait là rien d'anormal. “Y a-t-il des morts et des morts?”,  s'inquiète Soeuf Elbadawi qui dit se souvenir de l'électrochoc provoqué par le naufrage de Madjriha au large de Shindini, le 9 août 2011. Pourquoi donc cette indignation sélective? 
A Moroni, on a tendance à considérer ceux qui tentent la traversée vers Mayotte comme des suicidaires, des gens qui “s'envoient à la mort”. 
Selon l'artiste, une telle grille de lecture conforte les thèses de la puissance coloniale et fait du Comorien de Ngazidja, de Mwali et de Ndzuwani, un étranger dans son propre pays, à Mayotte.  Pourquoi les Comoriens devraient ils s'interdire de rendre visite à un proche parent ou d'aller faire leurs emplettes à Mamudzu ? Le contraire n'équivaudrait-il pas à une acceptation de fait du visa Balladur, cette barrière aquatique que la France a érigée en 1994 entre Mayotte et le reste de l'archipel ?  Reste maintenant à poser les vraies questions. Car si la France cherchait, en établissant ce visa, à empêcher “l'immigration vers Mayotte” (pour reprendre sa propre terminologie), elle devrait se rendre compte que cette politique a, plutôt, produit l'effet inverse. 
 
“Des moyens énormes  et autant d'échecs”

Jamais les Comoriens des autres îles n'ont été saisis de frénésie migratoire (vers Mayotte) que depuis dix-huit ans. “Avant l'instauration du visa Balladur, les Comoriens se déplaçaient sans encombre entre les quatre îles, à bord de plus frêles embarcations que celles d'aujourd'hui, en arrivant à bon port sains et saufs. Il en va tout autrement depuis que les Comoriens non maorais doivent obtenir, avant de se rendre à Mayotte, un hypothétique visa français, délivré au compte-goutte”, écrit le 20 décembre dernier un collectif d'associations comoriennes dans une lettre aux candidats à la présidentielle française.  “L'appareil policier français installé à Mayotte rencontre l'échec malgré l'énormité des moyens matériels, financiers et humains mis en ½uvre”, constate Idriss Mohamed. 
 
Territoire national contre “relations historiques”?

Par ailleurs, comment “le pays des droits de l'homme” qui s'empresse de donner des leçons d'humanisme à la terre entière, peut-il rester sourd à ces milliers de morts du visa Balladur. Selon le site Wongo, ce visa serait  “la première cause de mortalité chez les jeunes comoriens”.  
On estime à plus de 16.000 le nombre de Comoriens qui ont péri dans la traversée Ndzuwani-Maore, soit près de 2% de la population.  Aujourd'hui, le Comité Maore milite pour que la France soit traduite devant un tribunal international pour “crime contre l'humanité”.  
En effet, le Statut de Rome, qui a institué la Cour pénale internationale (Cpi), considère comme tel “tout déplacement forcé de population à l'intérieur d'un même territoire”. 
 
Cadavres d'ici, cadavres de là-bas

L'on se demande pourquoi l'Etat comorien hésite jusqu'ici à porter le différend franco-comorien devant une juridiction internationale alors que les négociations bilatérales sont au point mort. 
Doit-on sacrifier une portion du territoire national sur l'autel des “relations historiques” entre les deux pays? Combien de morts faudra-t-il pour que les autorités nationales tapent du poing sur la table et exigent la suppression du visa Balladur?  
Une semaine après le naufrage du 19 mai, le village de Kani keli à Mayotte avait refusé une sépulture aux cadavres retrouvés au large de la commune. On s'était, à un moment, demandé s'ils allaient nous les refiler à bord d'un charter ou... les rejeter à la mer? Finalement, il y a bien eu “enterrement”. Comment des fonctionnaires zélés ont-ils pu pousser l'outrecuidance jusqu'à établir un net distinguo entre les cadavres d'ici et de là- bas? Dieu saura, en tout cas, reconnaitre les siens.
 
M. Inoussa
Source : alwamag n°16
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#Posté le samedi 23 juin 2012 03:13

Modifié le samedi 23 juin 2012 04:18

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